| |
Déjà
fortement critiquée dans l'Europe des Quinze, la politique
agricole commune attend une réforme capable d'aider l'Union
à faire face à l'élargissement de 2004
La politique agricole commune (PAC) est, depuis sa
création en 1962, la principale politique économique
de l'Union européenne.
Elle absorbe à elle seule environ la moitié
du budget communautaire, soit 44,3 milliards d'euros en 2002.
Cette politique ambitieuse a atteint son objectif initial :
assurer l'autosuffisance alimentaire des Quinze grâce une
modernisation du secteur dans un marché protégé
où les prix agricoles sont supérieurs aux cours mondiaux.
Mais ce succès s'est accompagné d'effets indésirables,
au premier rang desquels la production d'excédents (lait,
céréales, viande bovine…).
Marine Lamoureux |
|
| |
Logique productiviste
La réforme engagée en 1992 a permis
d'en limiter l'ampleur, mais pas d'enrayer la crise que traverse
la PAC depuis plusieurs années. Très coûteuse,
privilégiant une logique productiviste et les grosses exploitations,
la PAC est accusée d'avoir favorisé des dérives
en matière de sécurité alimentaire : vache
folle, poulets contaminés aux dioxines, fièvre aphteuse…
Alors que le sommet de Berlin, de 1999, prévoyait
un simple ajustement de la PAC en 2002, le commissaire européen
de l'agriculture, Franz Fischler, a proposé, le 10 juillet
2002, une réforme d'envergure, en raison notamment du défi
de taille que représente l'élargissement de l'Union
européenne pour la PAC.
L'entrée de dix nouveaux pays laissait
en effet craindre une explosion du budget, en raison essentiellement
du poids, mais aussi du retard du secteur agricole de la plupart
des futurs pays membres de l'Union. La PAC est difficile à
réformer, car elle doit combiner les intérêts
divergents de trois types d'agriculture : les grandes exploitations
à vocation céréalière d'Allemagne de
l'Est, de Grande-Bretagne et du Bassin parisien ; les exploitations
familiales intensives, axées sur l'élevage (Bretagne,
Allemagne du Nord, Belgique, Pays-Bas ou Danemark) ; enfin,
l'agriculture morcelée des régions méditerranéennes.
La querelle budgétaire était donc inévitable,
d'autant que les bénéfices de la PAC sont inégalement
répartis. L'Allemagne ou les Pays-Bas, auxquels elle coûte
plus qu'elle ne rapporte, se sont opposées à la France
et à l'Espagne, principaux bénéficiaires des
aides.
La bataille a fait rage pendant cinq mois,
avant de déboucher fin octobre 2002 sur un accord a minima
prévoyant que le budget de la PAC restera figé de
2007 à 2013. Autrement dit, l'enveloppe financière,
aujourd'hui partagée à quinze, le sera à vingt-cinq.
Fort de ce nouvel accord, le sommet de Copenhague a entériné,
en décembre 2002, l'élargissement de l'Union européenne,
stipulant que les agriculteurs des dix pays candidats pourraient
progressivement (pendant une période de dix ans, à
partir de 2004) bénéficier des aides directes de l'Union.
Reste que l'ambitieuse réforme, prônée par Franz
Fischer, a été reportée.
Marine Lamoureux
|
|
|
L’accord
de Luxembourg signé en juin 2003 engage la nouvelle PAC
La nouvelle politique agricole commune définie
par cet accord est un subtil équilibre entre les volontés
réformatrices des pays les plus opposés à la
PAC et le conservatisme des grands pays agricoles.
…Les détracteurs de la PAC ont obtenu des avancées
partielles. Réaffirmant les objectifs fondateurs de la politique
agricole européenne, la nouvelle PAC ajoute à l’aide
aux productions et à l’organisation des marchés,
un volet « développement rural ». Les aides à
la production sont ainsi conditionnées au respect des règles
essentielles de la législation européenne en matière
d’environnement, de sécurité alimentaire, de
santé, de bien être des animaux et d’entretien
des terres.
Un budget supplémentaire de 1 200 millions d’euros
annuels est affecté à l’application de ce nouveau
volet « développement », qui bénéficiera
également d’un transfert progressif du budget agricole,
programmé pour atteindre 5% du budget total en 2007.
Par ailleurs, les aides ne sont plus liées
à la production de l’exploitation mais évaluées
sur la base des aides attribuées de 2000 à 2002.
Cependant cette mesure ne sera applicable qu’entre 2005 et
2007, au choix des Etats qui décideront également
de son étendue.
Enfin, les nouveaux membres de l’UE devront attendre pour
bénéficier de la PAC.
Non seulement, le budget agricole sera gelé entre 2007 et
2013, mais les dix nouveaux pays ne bénéficieront
des aides directes européennes que progressivement, sur une
période de dix ans, à compter de 2004.
Caroline Carissoni |
La France est le
principal bénéficiaire des subventions agricoles communautaires
Elle en perçoit pour plus de 9 milliards
d’euros chaque année.
Le président Jacques Chirac s’est systématiquement
opposé à la réforme de la PAC qui remet en
question la politique agricole nationale.
La France a ainsi fortement contribué au maintien des aides
communautaires pour les agriculteurs des 15 et à celui des
quotas laitiers jusqu’en 2014-2016.
Mais elle appliquera la réforme de la PAC à partir
de 2006. |